Bonjour à tous
Difficile d’écrire après ce deuxième voyage en Ethiopie. A moins de répéter une fois de plus que l’Afrique n’est pas un pays mais un continent. Et que l’Ethiopie n’a pas grand-chose à voir avec le Gabon !
Avec ma sœur, Marie Françoise et son mari, Jean Luc, nous avons retrouvé avec joie, à Addis Abeba, une vieille amie, Florence, et ses enfants.
Je n’insiste pas sur ce côté famille – amis, ni sur le côté beauté des paysages. Nous avions vu le nord et le sud du pays. Cette fois, nous sommes allés jusqu’à Harare (dans l’est) et nous avons fait une petite incursion vers l’ouest. Addis Abeba étant quasiment au centre du pays.
La nouveauté par rapport au premier voyage, c’est que nous avons fait connaissance avec Mr Mulatu Tafesse. Un Ethiopien qui a laissé son travail et qui a mis toutes ses forces au service de ses frères et sœurs qui croupissent dans la misère. Et Dieu sait s’il y en a !
Il a créé un centre, avec trois unités, où il recueille et forme des jeunes, et en particulier des jeunes mamans. Il leur donne une chance de sortir de la misère. J’ai pu filmer et j’espère que je saurai réaliser un petit film que je vais intituler : « J’ai vu la misère de mon peuple ».
Mais je suis conscient du chemin qui reste à faire. Quand Dieu dit à Moïse, « J’ai vu la misère de mon peuple », il ajoute : « va trouver pharaon ». Nous débouchons alors sur la politique.
Apprendre à quelqu’un à pécher plutôt de lui donner du poisson, lui apprendre un métier, comme le fait Mulatu, c’est déjà un grand pas. Il faut encore une volonté politique : organiser la société de façon à ce que le partage des richesses soit toujours mieux réalisé, et là, c’est toucher d’abord le cœur de pharaon !
Nous avons quitté Addis Abeba, le jeudi matin 11 mai. En arrivant à Paris le matin du 12 mai, nous lisions cette dépêche de l’Agence France Presse :
ADDIS ABEBA (AFP) - 12/05/2006 15h18 - Au moins quatre personnes ont été tuées et 41 blessées vendredi dans neuf attentats à Addis Abeba, déjà visée par plusieurs explosions criminelles non revendiquées depuis le début de l'année, selon la police.
Le porte-parole de la police fédérale, Demsach Hailu, a déclaré que ces explosions "sont similaires aux précédentes" qui ont frappé la capitale éthiopienne et que leurs auteurs, qu'il n'a pas identifiés, "visent des civils".
L'attentat le plus meurtrier a eu lieu dans un café très fréquenté du quartier Mercato, dans le nord-ouest d'Addis. L'explosion s'est produite vers 09H40 (06H40 GMT), à l'heure où de nombreux clients prenaient leur café matinal, et a fait deux morts et sept blessés, dont cinq graves.
"J'ai vu des serveuses tomber par terre, j'ai vu du sang", a déclaré sur place un adolescent de 15 ans, Berekat Betwidid, en larmes: "un serveur a essayé de ramper à l'intérieur et je me suis enfui".
"Une femme a été touchée à la poitrine, elle est morte sur le coup", a raconté Yeheyes Salomon, 24 ans, qui s'apprêtait à rentrer dans le café quand l'attentat s'est produit: "j'ai vu une autre femme dont les chaussures et les pieds ont été détruits".
Quatre autres attentats ont visé des bus et une gare routière. En début d'après-midi, un attentat a visé un bus dans le quartier de Gotera, dans le sud-ouest d'Addis, faisant un mort et 16 blessés, dont 10 graves, selon la police. Une autre explosion contre un bus a fait sept blessés, dont deux graves, toujours selon la police.
Deux explosions ont ensuite touché une gare routière dans le quartier de Mercato, faisant un mort et quatre blessés.
Dans le quartier de Piazza (nord), deux attentats ont visé les bâtiments abritant les bureaux de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines à 04H50 (01H50 GMT) et la société publique d'électricité à 09H20 (06H20 GMT), selon la police.
La première explosion n'a pas fait de victimes, et la deuxième sept blessés, dont un grièvement, a précisé la même source.
La police ne disposait pas de bilan pour deux autres déflagrations entendues dans la capitale.
Aucun des attentats n'avait été revendiqué vendredi en fin d'après-midi, selon le porte-parole de la police fédérale. "Ces gens veulent donner l'impression qu'il n'y a plus de paix et de stabilité dans la ville. Toutes les explosions visent des civils", a ajouté M. Demsach, sans autre précision sur les auteurs.
Depuis le début de l'année, Addis Abeba a déjà été frappée par une série d'explosions, qui avaient provoqué la mort d'une personne. A la mi-avril, au moins six personnes avaient également été tuées dans l'explosion de grenades dans les villes de Jijiga (est) et Gedo (ouest).
Aucun de ces attentats n'a été revendiqué.
Le 27 avril, le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, avait accusé l'Erythrée, son voisin et rival, d'avoir fourni "le matériel des bombes" qui ont secoué la capitale et d'autres villes d'Ethiopie, accusation immédiatement démentie par les autorités d'Asmara.
D'autres sources estiment que des rebelles séparatistes, des extrémistes somaliens musulmans ou encore des membres de l'opposition pourraient être derrière ces attaques.
La tension est vive en Ethiopie, pays pauvre de la Corne de l'Afrique, depuis les élections législatives de mai 2005, remportées officiellement par le pouvoir sortant mais contestées par l'opposition qui accuse le gouvernement de fraudes.
Quand pharaon a le cœur dur, quand il ne voit pas la misère de son peuple, quand les élections son truquées, quand les opposants sont arrêtés par milliers, quand il n’y a plus moyen de se faire entendre normalement, il ne faut s’étonner que des moyens « anormaux » sont employés.
Ce n’est pas normal. Il ne suffit pas de le dire. Il nous revient à tous de chercher et de soutenir les femmes et les hommes politiques qui mettent en œuvre d’autres politiques.
A Paris, le 16 mai 2006
Gérard Warenghem